• Alasdair
    69
    Vous l’avez vue partout, pendant des années, s’accrochant à son coin de trottoir, camouflant tant bien que mal sa déchéance sous une épaisse couche de poussière. Cela fait bien longtemps que plus personne ne se retourne sur sa silhouette : à quoi bon lutter, elle est devenue invisible. Mais il y a une lueur au bout du tunnel… L'été dernier, la XJ40 a eu trente ans, et c’est l’âge consacré pour commencer à vivre une seconde jeunesse.

    Alors certes, la mienne est un peu plus récente (91), mais après plus de 3 ans d'utilisation, je commence à avoir les idées assez claires sur ce qui fait - en tout cas à mes yeux - son intérêt.

    Comme c'est le cas de bien d'autres modèles que nous plébiscitons par ici, ce sont les aspects longtemps décriés du modèle qui font aujourd'hui son charme. Les phares carrés, les angles plus nets ou encore la profusion d'électronique sont autant d'indices de l'ambition qu'elle incarnait et de son contexte de création. Si elle arbore les codes de l'époque avec moins de naturel que ses concurrentes germaniques, c'est aussi parce qu'elle a connu une gestation particulièrement longue : pas loin de 14 ans. Elle a - pour ainsi dire - été développée sur des sables mouvants, à un moment où le luxe commence à se compter en nombre de processeurs et plus seulement en hectomètres de cuir et de boiseries... et où tous les projets de l’industrie britannique - ne serait-ce que vaguement ambitieux - semblent voués à l’échec.

    Je ne vais pas vous retracer ici l'historique détaillé, mais il est utile de rappeler qu'il s'agit de la première vraie "nouvelle" XJ depuis la première du nom (apparue en 68), et que ses fondations vont survivre - avec quelques ajustements cosmétiques - jusqu'en 2002. Elle aura largement contribué à la durée de vie de la ligne caractéristique de la XJ, en démontrant qu'il était possible de l’accommoder à la sauce de l'époque. La rupture définitive avec la limousine en trois volumes (au porte-à-faux arrière conséquent et à l’épaule ronde) ne se fera d'ailleurs qu'avec le modèle actuel.

    En 30.000 km j'ai aussi compris qu'elle fait encore partie de ses voitures conçues avec les contraintes spécifiques du marché domestique encore bien a l'esprit. Sur le réseau secondaire britannique, cassant et tortueux, la combinaison d'un amortissement souple et d'une direction somme toute assez précise prend soudain tout son sens. De même, dans ce contexte, le six en ligne et ses 220 chevaux est sans doute plus à sa place qu'un V8 allemand qui en ferait 100 de plus.

    Alors oui, vous l'avez vue partout et dans tous les états, mais c'est justement pour ça qu’elle est devenue aussi symbolique de l'Angleterre de la toute fin du vingtième siècle qu’un album de Pulp ou un film de Ken Loach.

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  • KKK
    3
    J'en ai eu une il'y a bien longtemps.
    Je vous rejoins sur le "partout et dans tous les états". On trouvait déjà des XJ40, bien usées, dans les casses au milieu des années 90 mais on continue à en voir circuler, en quantité assez hallucinante, de nos jours. C'est un mystère que je ne m'explique pas.
  • Alasdair
    69
    Le fait est que l'écart de durabilité entre les premiers millésimes et les derniers est significatif. Rien de surprenant à ce que celles de 1986 aient peuplé les casses dès 96, et rien d'étonnant que celles post-90 soient encore vaillantes. L'apport de Ford (en cash et en contrôle qualité) a fait beaucoup de bien au modèle. Vous n'êtes pas non plus sans savoir qu'ils en ont produit des wagons, ce qui explique que l'érosion prenne du temps. Mais si vous faites un tour sur les sites d'annonces, vous verrez que les exemplaires en bel état sont à présent plus nombreux que les modèles douteux.
  • KKK
    3
    Je pense surtout que c'est une voiture qui n'a pas été exportée (à l'est) comme quantité de Bmw et Mercedes de ces années-la, les survivantes sont donc toutes restées ici.
  • Alasdair
    69
    J'ai découvert aujourd'hui même un document retraçant les dernières années de développement de la XJ40. Il dure 30 minutes et, si j'ai bien suivi, il a été diffusé sur la BBC la veille de la première commercialisation, en 1986. Pour un publi-rédac, c'est étonnament instructif sur la manière dont le projet a pris du retard, comme sur le niveau d'ambition qui accompagnait ce lancement.

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